Théâtre du Trillium

# PIGEONS AFFAMÉS

#PIGEONS AFFAMÉS

#INTERPRÈTES

#TEXTE ET MISE EN SCÈNE

#TEXTE ET MISE EN SCÈNE

Note d’intention

À l’origine de ce projet, il y eut chez moi une gourmande envie d’observer la virtuosité des êtres humains à se donner bonne conscience, en tout. J’ai voulu que le spectacle interroge la légitimité de notre confort américain.

Si Denys Arcand met déjà en lumière cette question avec Le confort et l’indifférence en 1981, l’angle qui m’interpelle particulièrement aujourd’hui est l’extraordinaire capacité que nous avons développée à nous valoriser dans nos choix de vie, voire même nous déculpabiliser face aux conséquences de nos actions. Que ce soit en termes de consommation, d’éducation, de morale, de politique, de psychologie, nous avons à portée de main mille outils, spécialistes, vidéos, livres, blogues qui nous confortent dans nos choix et apaisent notre culpabilité, en brandissant des brandings tels « contribuer à un monde meilleur » ou « atteindre la réalisation de soi ». Mais est-ce vraiment le cas?

J’ai voulu poser un regard indulgent sur ce phénomène sociétal, cette façon parfois pathétique et drôle que nous avons d’afficher nos allégeances à des courants de pensée dont nous ne connaissons souvent pas la source, d’apaiser notre conscience en signant une pétition ou en faisant un don, consulter un spécialiste qui possède un diplôme douteux, tout ça dans le but de valider nos choix de vie.

Dieu n’est plus là pour nous guider. Toutes les opinions se valent. Et la notion de « gros bon sens » est devenue de plus en plus floue.

Ça me fait parfois rire, parfois hurler. J’ai voulu faire un spectacle qui témoigne de cet état. #PigeonsAffamés est un spectacle où l’on rit, et hurle.

J’ai tout fait pour que #PigeonsAffamés ne soit pas moraliste; je ne considère pas que c’est le rôle du théâtre. J’ai tout fait aussi pour éviter le cynisme; je considère que le théâtre peut en être étouffé.

Je ne pourrais, de toute façon, proposer des actions concrètes pour prétendre changer le monde; à ce point-ci de ma vie, tout me donnerait l’impression de me donner bonne conscience. J’ai préféré rester juste avant l’action, dans la matière préparatoire au changement. J’ai tenté d’infléchir une notion toute simple de « reconnaissance » que je considère de plus en plus rare dans notre société; reconnaissance de ce que nous sommes, de ce que nous consommons, de ce à quoi nous nous associons en termes d’idéologie, de ce que nous fuyons, de ce que nous valons.

 

#TEXTE ET MISE EN SCÈNE

Le texte du spectacle s’est tissé au fil des laboratoires de travail. Il a été inspiré par deux matières. La première : le monologue intérieur, celui qui révèle l’émotion brute. La deuxième : le documentaire, celui qui est cité mot pour mot de la bouche de quelqu’un ou d’une source médiatique.

Les monologues intérieurs évoquent parfois la peur de perdre l’autre, le trop-plein, l’inavouable, l’indignation. #PigeonsAffamés ne contient aucun dialogue. Ce n’était pas un choix conscient de la part de l’auteur. Mais aucun dialogue n’a survécu au filtre de la créatrice. D’ailleurs, il est intéressant de constater que les chorégraphies évoquent elles aussi une multitude de solitudes, même dans les chorégraphies de groupe.

La nécessité d’intégrer le documentaire au spectacle s’est fait sentir pour Anne-Marie dès le début du travail. De façon régulière, pendant les laboratoires de recherche, Anne-Marie s’amusait à questionner les acteurs sur différentes questions, parfois politiques ou sociales, parfois personnelles. Ces témoignages documentaires ont été intégrés en partie au spectacle ainsi que certains contenus de site web (comme celui de vosquestions.macdonald.ca).

Anne-Marie White

ANNE-MARIE WHITE

(Texte et mise en scène)

Diplômée de l'Université d'Ottawa et de l'École nationale de théâtre, Anne-Marie White est une auteure, metteure en scène et directrice d’un théâtre. C’est par la mise en scène qu’elle arrive au théâtre de recherche, dans les années 90. Après avoir monté des auteurs contemporains du Canada et de l’étranger, son écriture scénique se révèle avec Écume (2007), une fable chorégraphique à saveur existentielle, puis Déluge (2012), un cauchemar incarné dans un esprit Lynchéen. Plus socialement engagé, #PigeonsAffamés est un croisement de spoken words, de beat box et de corps slammés. Anne-Marie White se démarque par la singularité de son processus de création. Elle rassemble autour d’elle des créateurs engagés, généreux, et mise sur la force de l’aventure collective pour créer des œuvres multidisciplinaires, traversées par son regard éditorial qui filtre avec rigueur le contenu du spectacle. De la démarche artistique de celle-ci émerge une sensibilité de plus en plus grande à l’endroit d’une écriture scénique, celle qui révèle le sens non pas uniquement par le texte, mais aussi par le corps, la musique, la lumière. Ses œuvres sont publiées aux Éditions Prise de parole. Anne-Marie fut directrice artistique du Théâtre du Trillium de 2008 à 2016 et récemment directrice générale et artistique de La Nouvelle Scène Gilles Desjardins d’Ottawa.

#MOUVEMENTS

#MOUVEMENTS

#MOUVEMENTS

Afin d’aborder cette question qui met en polarité le public et l’intime, nous avons choisi d’aborder le travail corporel dès les premières explorations, avant même la naissance du texte, et d’ainsi faire confiance à sa puissance d’évocation. Bien nourris par la question qui nous intéressait à savoir comment le Nord américain moyen jongle avec la culpabilité qui le ronge face à son confort extrême, et surtout comment il apaise cette culpabilité, nous nous sommes mis à explorer. La notion de dépassement de soi s’est rapidement révélée comme une polarité évidente à explorer, l’autre étant le langage qu’on développerait pour évoquer notre quête du bonheur.

Nous nous sommes arrêtés sur l’image poétique de la Dolce Vita qui est devenue le fil conducteur du spectacle et la source d’inspiration d’une partie du vocabulaire corporel nuançant l’être humain en situation publique : des gestuelles codifiées évoquant le spectaculaire et la joie de vivre à l’instar des musicals de Broadway (en version théâtre de recherche!). L’esprit ludique de Mylène Roy s’est rapidement marié à celui d’Anne-Marie et de l’équipe des interprètes et la recherche d’un langage corporel « Pigeons » s’est rapidement mise en branle.

D’autres explorations évoquant l’être humain dans son intimité nous ont amenés à travailler à partir de la notion de dépassement de soi, de façon à présenter l’humain dans toute sa vulnérabilité, sa vérité, son désœuvrement : des corps qui racontent l’ennui, le désir d’aimer, le repos du guerrier, l’insomnie, le travail à la chaîne.

Au fil des images corporelles qui se profilaient et des discussions sur le sens du spectacle qui émergeaient, les textes ont commencé à surgir et tranquillement, les liens entre chorégraphies et textes se sont imposés. Nous n’avons rien forcé. Ce n’est qu’après deux ans d’exploration que des imbrications ont commencé à se faire se révéler comme incontournables pour le sens du spectacle.

De plus, trois ans de travail engagé marqué par un entrainement soutenu ont mené les acteurs à devenir de véritables acteurs physiques. Ce contexte a permis à Mylène Roy de développer un langage corporel singulier, appartenant au spectacle et agissant en étroite complicité avec le texte.

Mylene Roy

MYLÈNE ROY

(Chorégraphie et mouvements)

La relation qu’entretient un corps avec sa tête – et vice-versa –, est un compagnonnage mystérieux auquel Mylène accord toute sa curiosité depuis l’enfance. Si bien que cette quête s’est mine de rien mutée en métier. C’est ainsi que depuis près de trente ans, Mylène interroge et articule le rapport corps/tête de manières diverses. Tantôt au théâtre parlé et corporel (via l’écriture, l’interprétation ou la chorégraphie / Shows solo, Voxtrot, Carbone 14), tantôt via le journalisme et la chronique (Elle Québec, La Presse, Indicatif Présent, etc.) et depuis plusieurs années par la passerelle du Yoga et du Danga qu’elle a initié, et qui fut en 2013 la première discipline d’enseignement du Yoga supporté par la danse, à être accréditée par le Yoga Alliance américain.

#VOIX

#VOIX

#VOIX

La distribution avait été choisie rigoureusement par Anne-Marie selon leur capacité de devenir d’excellents bougeurs (talents de base et caractère résilient) ainsi que leur capacité à performer vocalement. Le travail vocal s’est révélé de plus en plus pertinent au spectacle quand nous avons commencé à explorer l’image de la Dolce Vita et l’univers spectaculaire qu’elle nous inspirait.

Au bout de deux années de travail corporel, Mylène Roy eut l’heureux instinct de mettre en contact une connaissance à elle, JP Loignon, avec Anne-Marie White. Il ne suffit que de quelques rencontres pour que les deux créateurs soient d’emblée plongés dans une rare complicité de création musicale.

De façon à épouser les polarités du spectacle, la musique a été abordée sous l’aspect public, en interprétant de grands covers populaires tels que Mercy Me de Marvin Gay ou I can’t stop loving you de Ray Charles. L’univers de composition chorale de JP Loignon évoque à la fois la notion de collectivité, et à la fois un sentiment de solitude qui traverse le spectacle.

En deuxième partie de spectacle, débarquant sur scène avec un arsenal musical de DJ flamboyant, JP Loignon enivre le plateau de ses sonorités électroniques et improvisations vocales. Nous avons alors non seulement droit à son univers musical «dimensifiant» le spectacle et permettant aux corps d’éclater sous toutes leurs polarités, mais également à découvrir le performeur de feu qu’est Loignon.

Tout comme Mylène l’a fait pour les corps, JP Loignon a fourni un entraînement vocal rigoureux aux interprètes qui leur ont permis d’atteindre non seulement la bonne note, mais de travailler une réelle interprétation vocale au service du spectacle : de la forme et de son propos.

JP Loignon

JP LOIGNON

(Voix et interprétation)

Depuis les 15 dernières années, JP Loignon poursuit un parcours musical qui le passionne et qui se divise en deux champs d’intérêts parallèles : faire de la musique et du coaching/enseignement vocal. En tant que chanteur, choriste, compositeur ou coach, il a eu la chance de collaborer et de performer avec des artistes de diverses disciplines chant [Fred Pellerin, Alexandre Désilets, Charlotte Cardin, Louis-Jean Cormier, Bémol 9 et le Festival de Jazz de Montréal], danse [Cas Public et Bouge de là], télévision [Belle et Bum (aux côtés de Karine Pion et Kim Richardson)]. En 2009, il crée les Sessions vocales et se démarque par son atelier sur le beat box et la voix instrumentale qu’il donne dans plusieurs établissements scolaires québécois. Membre fondateur du groupe vocal Boom JACAK, la formation gagne, en 2010, le concours Mon accès à la scène (Cirque du Soleil) et réalise leur premier album. Il développe, en 2014, ses services de coaching vocal, ciblant les chanteurs et vocalistes professionnels (toncoachvocal.com) et ajoute la danse percussive à son arc en joignant la compagnie Bourask comme interprète vocalise et danseur dans la programmation de l’International Body Music Festival 2015 à Bali. Sa démarche artistique l’amène toujours plus loin dans l’exploration de la relation entre l’humain et la technologie.

#SCÉNOGRAPHIE

#SCÉNOGRAPHIE

#SCÉNOGRAPHIE

Les interprètes évoluent dans un espace presque vide : un seul banc de bois découpe en arrière-plan, l’espace. En deuxième partie de spectacle, le performeur JP Loignon arrive avec ses équipements. À part ces deux éléments scéniques, on se retrouve très proche de l’esthétique de la danse.

Le travail des lumières occupe un espace dramaturgique important au sein du spectacle, l’éclairage évoquant parfois l’individualité, parfois le collectif, épousant tantôt la voix chorale avec tendresse ou bien renforçant le hurlement d’un monologue de l’inavouable. Assuré par Julie Basse, le travail des éclairages au sein du spectacle a comme objectif d’accompagner le spectateur en calibrant l’aspect émotif, et en ponctuant la vie scénique de façon à éviter le sentimentalisme et à mettre en lumière les instants de vérités.

Les costumes de Geneviève Couture ont été réfléchis à l’aulne du mouvement Pop Art, ce mouvement contestataire des années 1960 où la conscience en termes de conséquence de notre consommation commençait à poindre. Les couleurs franches et radicales sont au rendez-vous. On a quand même voulu garder un niveau de sobriété dans l’ensemble de la conception, sobriété qui a guidé l’ensemble des décisions esthétiques de #PigeonsAffamés.

Julie Basse

JULIE BASSE

(Lumières)

Depuis sa sortie de l’École nationale de théâtre du Canada, Julie Basse a conçu les éclairages de plusieurs productions théâtrales dont Polyglotte (2015), Beauté intérieure (2015), écrites et mises en scène par Olivier Choinière, Koalas (2014), Orphie Karaoké (2014 et 2015 à Mons (Belgique)), Un animal (mort) (2016) de Félix-Antoine Boutin, Immigrant de l’intérieur (2015) de DynamO Théâtre et #PigeonsAffamés (2015) d’Anne-Marie White (Théâtre du Trillium, Ottawa). Elle a également signé la conception des éclairages des opéras Hänsel et Gretel, mise en scène d’Hugo Bélanger – Opéra de Montréal (2014), Roméo et Juliette, tournée canadienne des Jeunesses Musicales du Canada 2015 et Cinéma à l’opéra (2015), production de l’Atelier lyrique de Montréal mis en scène par Oriol Tomas. Elle collabore régulièrement avec le collectif de danse Dans son salon et la compagnie La Marche du Crabe. Elle assiste les concepteurs d’éclairages André Rioux à la Licorne, Martin Sirois au TNM et travaille sur de nombreuses productions avec Étienne Boucher dont Richard III mis en scène par Brigitte Haentjens au TNM et au CNA (2014) et l’opéra Les Caprices de Marianne en tournée dans 16 maisons d’opéra en France de 2014 à 2016 mis en scène par Oriol Tomas. En tant qu’assistante éclairagiste, elle assiste également Éric Champoux, Jax Messenger, Martin Labrecque, Guy Simard et Anne-Catherine Simard-Deraspe à l’opéra de Montréal.

 

Genevieve Couture

GENEVIÈVE COUTURE

(Costumes)

Geneviève Couture est diplômée de l’Université d’Ottawa [Lettres françaises et Théâtre]. Depuis 1998, elle œuvre dans le milieu théâtral en tant que comédienne et conceptrice de costumes. On a pu la voir entre autres dans Le Projet Turandot et L’Hôtel (Théâtre la Catapulte), Écume et Déluge (Théâtre du Trillium), Leçon d’anatomie de Larry Tremblay dans une mise en scène d’Anne-Marie White, Violette sur la terre (Théâtre Tandem-TNO-Théâtre en scène –France-), Un Bain de ménage et Feu, la mère de Madame (Théâtre de l’Île) ainsi que L’Honnête homme/Un One Woman Show (Poésie électrique) pour lequel elle reçoit le prix Interprétation féminine de l’année lors des Prix Rideau Awards 2009. Elle a signé la conception de costumes de nombreux spectacles dont Ubu Roi (Drama Guild), La Conférence des oiseaux (Comédie des deux rives), Regarde-moi (Théâtre la Catapulte), Un Bain de ménage et Feu, la mère de Madame (Théâtre de l’Île), Le Bout du monde et Écume (Théâtre du Trillium) pour lesquels elle sera nominé dans les catégories Interprétation féminine de l’année et Meilleure conception de l’année. Lauréate du prix d’excellence pour l’avancement du théâtre francophone au Canada de l’ATFC en 2008, elle reçoit le prix Découverte 2009 du RÉSAFF.

#INFORMATIONS

#PigeonsAffamés une production du Théâtre du Trillium
Création :
Septembre 2015

Texte et mise en scène :
Anne-Marie White
Texte documentaire :
Marc-André Charette, Nicolas Desfossés, Marie-Eve Fortier, Alexandre-David Gagnon, Lissa Léger, Micheline Marin, Frédérique Thérien et Anne-Marie White
Vocabulaire corporel, entrainement physique et regard dramaturgique :
Mylène Roy
Composition, choix musicaux et arrangements vocaux :
JP Loignon et Anne-Marie White
Écriture chorégraphique :
Mylène Roy et Anne-Marie White
Interprétation vocale, chorégraphique et textuelle :
Marc-André Charette, Nicolas Desfossés, Marie-Eve Fortier, Alexandre-David Gagnon, Lissa Léger, Micheline Marin et Frédérique Thérien
Entrainement vocal et interprétation :
JP Loignon
Complice artistique :
Louis-Philippe Roy
Conseils dramaturgiques :
Jessie Mill
Lumières :
Julie Basse
Costumes :
Geneviève Couture
Régie de répétition :
Katy Raymond
Régie de spectacle et direction de production :
Benoit Roy
Crédit photo :
Marianne Duval

Synopsis

Empruntant à la culture populaire des références musicales interprétées sur scène telles que Mercy Me de Marvin Gaye et le jingle publicitaire du McDo, #PigeonsAffamés nous fait voyager entre la nostalgie d'une époque où tout était encore possible et la perte de repères de notre monde contemporain. Spoken word, beat-box, cover a cappella, morceaux chorégraphiques, tous ces langages s'entremêlent de façon à mettre en relation l'intime et le public, le collectif et l'individuel, l'immensément grand et l'infiniment petit.

 

CAO OAC Trillium